Bercé par les caresses de ce monde qui respire à ma place,
je me fond dans un vide plein d’étoffe en résonance,
Si le gout m’échappe encore c’est que je ne suis pas tout à fait mort.
Au détour de nos être, dans les plis de nos pensées les plus astrales,
Je forge sans bruit un destin qui me correspond,
et je crois déjà aux mensonges dont il est fécond,
entre rires et frivolité, regrets et passions déchaînées,
nous voilà au pied du lit, celui où gît une image de moi un peu endormie.
Et je suis là comme je l’imaginais debout à mon propre chevet,
c’est avec une émotion toute intériorisée que j’assiste à ma propre fin.
When your heart falls apart, what do you trust?
Le pleur d’un instant déjà fané qu’une corolle si flétrie ne peut plus supporter, las et soumise à une pesanteur trop impérieuse, d’un frémissement laisse échapper la goutte, devenue laiteuse; instant inversé qui prend la saveur d’un péché capital alors qu’il a léché ces délicieux pétales, printemps bouillonnant qui dans peu de temps déjà déversera un automne fade de ses plaies encore vertes; le don de ces senteurs d’herbe fraîchement coupée qui pourraient dans quelques champs légèrement dorés surpasser le plus délicat fumet de quelques roses posées sur un buffet; temps de foin et d’orage qui lie la texture légère et délicate aux violences d’un ciel qui en agite les sulfates, soufre d’un soir d’été qui sèche ton oeil mouillé et te montre la nuit comme un puit à vider, nulle idée, nul chagrin, comme une marée chargée d’écume et de sel qui nous mène à la brume comme au bout de nos vies.
Les nuages sombres qui masquent le ciel,
le voyage, incertain, un manque qui se crée
et que nos yeux ne peuvent combler.
Espiègle désir mué en paresse, de l’automne
la brise porte tristesse.
Virages incontrôlables de nos jeunesse perdues, disparus
les chants et les joies mirés par l’azur.
Coule rivière sans fin, de nos destin aiguise le stylet
car c’est notre avenir que tu t’appliques à tracer.
Fuyant lointain qui m’admire par delà les étoiles,
voie lactée délectée de nos péchés inassouvis, ombre du néant
comme une souffrance qui s’infiltre dans l’écueil de nos pensées.
Tel que je me présente à vous, je ne suis que le champ de bataille des astres et des forces divines. La victoire et la défaite d’une reconstruction permanente de la nature puisant l’énergie du moi incarné jusqu’à sa mort.
Il était de ceux qui écoutent le chant des sirènes jusqu’au bout…. et se réveillent au chant du cygne…
La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles
— C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées
— Stéphane Mallarmé - Apparition
Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles ; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard. — Charles Baudelaire - Le désir de peindre -
J’aurais voulu que ce jour n’arrive jamais
Nul ne transmute aucune matîère s’il ne s’est déjà transmuté lui-même — Paracelse